Programme de la présidence française de l'UE : Développement zéro et immigration choisie 10.07.08

COMMUNIQUE DE PRESSE 10.07.08

Le Président en exercice du Conseil de l'Union européenne, Nicolas Sarkozy, vient de présenter son programme aux députés européens. Pour l'eurodéputé belge, Alain Hutchinson, il s'agit d'un projet régressif et dangereux. Un projet de droite pour une Europe de droite privilégiant systématiquement le repli sur soi à l'ouverture à l'autre, l'égoïsme à la solidarité et les intérêts du Nord à ceux du Sud.

Au-delà de l'aide urgente que nous apportons aux populations des pays les plus touchés par la crise alimentaire mondiale, une première réponse serait d'honorer nos engagements en matière d'aide publique au développement. En cette matière, l'OCDE publie des chiffres qui font apparaitre que depuis 2007, la France de Nicolas Sarkozy, a réduit son aide de plus de 40 millions d'euros, passant ainsi de 0,47% du PIB en 2006 à 0,39% en 2007 ! Alors qu'il est absolument essentiel que les États membres fournissent d'urgence un effort significatif pour venir en aide à nos partenaires des pays du Sud et d'Afrique en particulier, il y a tout lieu de s'inquiéter de cette tendance à la baisse et du peu d'ambition de Sarkozy en matière de financement de la coopération européenne au développement.

Une autre réponse à la crise serait d'aborder d'urgence la question des agro-carburants de manière responsable, sachant que leur bilan énergétique, environnemental et social n'est pas aussi positif qu'on pourrait le croire ou laisser croire. Samedi dernier, au cours du Conseil informel des 27 Ministres européens en charge de l'Énergie, Jean-Louis Borloo fanfaronnait pourtant en prétendant avoir découvert que le recours aux agro-carburants prôné par la Commission n'était qu'une simple recommandation assortie d'aucune obligation précise. Rien n'est moins vrai, souligne Alain Hutchinson, puisque depuis 2003, les États membres ont l'obligation de parvenir en 2020 à l'objectif d'utilisation de 10 % d'agro-carburants dans le secteur des transports. En cette matière, Nicolas Sarkozy a donc visiblement décidé de nier la réalité et d'éviter d'avoir à se prononcer sur l'application d'un moratoire sur la production et l'utilisation d'agro-carburants, à défaut d'obtenir des avancées notables en matière de critères de durabilité.

Il y a déjà plus de deux semaines, la députée française de Guyane, Christiane Taubira, a remis au Président Sarkozy le rapport qu'il lui avait demandé de rédiger sur les accords de partenariats économiques. Depuis lors, silence radio de l'Élysée et ce n'est que sur internet que l'on peut obtenir une version officieuse du rapport Taubira, objectif mais sans concession. Là encore, Sarkozy a apparemment décidé, sans le dire, d'ignorer les doléances de la très grande majorité de régions et de pays partenaires des pays ACP qui refusent de signer des APE qui contiennent selon eux les germes de crises alimentaires à venir. Plutôt que d'engager immédiatement une évaluation scientifique détaillée de l'impact réel de l'application d'APE sur la sécurité alimentaire des pays ACP, la présidence française a décidé, toujours sans l'avouer clairement, de s'en tenir à la position dogmatique et butée de la Commission : le commerce d'abord, le développement ensuite.

De nombreuses autres solutions pourraient être envisagées pour lutter efficacement contre la crise, comme le soutien au secteur agricole et aux petits producteurs locaux des pays en développement, la réforme des institutions financières internationales, l'arrêt de la spéculation financière sur les matières premières agricoles, la réforme profonde de la politique agricole commune etc. etc. etc. Avec la France aux commandes et le mépris qu'elle affiche pour le sort des populations des pays en développement et de l'Afrique en particulier, on peut malheureusement craindre que l'UE s'apprête à aggraver la crise mondiale actuelle.

Il ne faudra pas s'étonner dès lors que dans les prochains mois, de plus en plus de personnes en détresse viendront frapper aux portes de l'Europe pour tenter d'y trouver refuge. Le plus terrible, souligne Alain Hutchinson, c'est que Nicolas Sarkozy le sait très bien. C'est même la raison pour laquelle, en quelques jours de présidence seulement, la France vient d'arracher un accord des Ministres européens de la Justice et de l'Intérieur sur le Pacte européen sur l'immigration et l'asile. Un texte scandaleux, malgré les quelques amendements de surface obtenus par l'Espagne, imprégné de la conception d'immigration choisie et qui entend notamment interdire les régularisations collectives, privilégier l'immigration de travail, réguler l'immigration familiale et lutter contre les clandestins mais aussi les demandeurs d'asile en renforçant les contrôles aux frontières de l'UE et en facilitant le renvoi de ceux qui ont réussi à passer entre les mailles du filet.

Tous les ingrédients sont réunis pour concrétiser une Europe forteresse davantage préoccupée par le pillage des ressources naturelles et humaines des pays du Sud que l'amélioration de celles et ceux qui y vivent, y survivent souvent. Il est grand temps que l'Europe progressiste fasse entendre sa voix.